Technique

Le terme Võ Dân Tôc signifie « art guerrier propre au pays ». Au Viêt Nam, le but originel de la pratique était de se défendre contre les invasions et les razzias des pillards. Pour les Võ Sinh d'alors, l'apprentissage de cet art ne relevait nullement d'une décision personnelle, mais d'une nécessité face à ces menaces permanentes.
Au fil du temps, les maîtres développèrent des techniques de combat extrêmement complètes, basées sur des frappes ou des saisies sur des parties sensibles du corps.

Cependant, subissant l'influence des Tam Giao, trois enseignements transmis lors des invasions chinoises, ils orientèrent également leurs recherches dans d'autres directions.

Le Taoïsme est fondé sur le principe du Tao, la Voie, qui pénètre et organise le monde. Chaque être humain se doit de la trouver et de la suivre. Pour cela, il est nécessaire de dépasser l'utilisation du langage, qui met une barrière entre l'homme et le Tao, et de maîtriser le mouvement. C'est ici que le terme cong phu (ou kung fu) prend tout son sens. En effet, il ne désigne pas un art martial, mais un savoir faire acquis avec peine et effort. On considère que si l'intellect ne peut rien connaître de certain, la main sait ce qu'elle fait avec une sûreté infaillible, elle sait faire ce que le langage ne sait pas dire. Le cong phu est une connaissance qui ne résulte pas de l'acquisition d'un contenu, mais d'un processus d'apprentissage qui « rentre », jour après jour, imperceptiblement. Ceci influença fortement la pratique du Võ, qui devint petit à petit une voie d'accomplissement spirituel, le Võ Sinh étant comparé à un diamant qui se taille chaque jour.Le Tao

Le Bouddhisme a également joué un rôle considérable. Alors qu'il enseignait, Siddharta Gottama, le premier Bouddha, a insisté sur le fait qu'il existait une « voie du milieu » pour ceux qui s'étaient engagés sur la Voie. Ces derniers devaient éviter le luxe et les modes de vie générateurs de désir, sans pour autant sombrer dans des pratiques mortifiantes, comme nombre d'ascètes de l'époque. La recherche de l'harmonie physique, mentale et émotionnelle devint partie intégrante de la recherche du Võ Sinh.Bouddha Blanc

En tant que philosophie sociale, le Confucianisme a beaucoup insisté sur le « sens de l'humain », accessible grâce à l'étude des textes classiques, mais surtout par le biais d'une connaissance pratique. Le but de l'enseignement était de former des hommes capables d'agir pour le bien de la société. L'homme de bien se devait de cultiver son humanité et de l'élever toujours plus haut. Cette doctrine est également empreinte de rites plus anciens, comme le culte des ancêtres. Cette influence est notamment perceptible dans le salut effectué au début et à la fin de chaque cours, qui rend hommage aux maîtres qui ont transmis le Võ jusqu'à nous.Confucius

Le Võ Dân Tôc est donc un ensemble très complet, qui ne se limite pas à des techniques d'autodéfense. Il pourrait être comparé à un arbre aux multiples branches.
La technique de base comprend 108 mouvements à mains nues. On y trouve tout d'abord l'étude des positions (bô phap), qui sont l'essence de tous les mouvements. Elles sont divisées en trois catégories : thuong bô, les positions hautes, trung bô, les positions moyennes et les positions basses, ou ha bô. Le but de ce travail est d'atteindre une maîtrise de la stabilité au sol grâce à la sensation d'enracinement, tout en restant mobile.

Il existe également des techniques faisant appel aux membres supérieurs (quyên phap) ; comprenant des coups de poing (quyên phap), des parades (khang phap) ou encore des techniques de coudes (phuong duc) ou de piques (chi phap).

Les techniques de pied sont elles aussi très complètes. Elles comprennent des coups directs (truoc cuoc), des coups sur l'avant (da truoc), des coups circulaires (da vong) et des coups latéraux (da ngang). On trouve également de nombreux coups de genoux (thiêt chuy cuoc), des coups de pied sautés (da bay) ou encore des balayages (da quet).

L'étude de la technique est divisée en trois niveaux, représentant chacun une douzaine d'années de pratique : Sõ Dang (niveau élémentaire), Trung Dang (niveau intermédiaire) et Thuong Dang (niveau supérieur). Ces niveaux sont également répartis en six grades chacun.

Le Võ Khi désigne le maniement d'armes telles que le bâton, le sabre, la lance ou encore l'épée. Une certaine connaissance de la technique à mains nues est nécessaire avant d'aborder l'étude des armes, qui sont considérées comme le prolongement du corps. Le but de cette pratique n'est plus de tuer pour se défendre. Chaque arme implique un maniement spécifique ayant un effet bénéfique sur la santé. La lance, qui symbolise l'eau, la ruse et la vivacité favorise l'acquisition de la vitesse et l'affermissement des postures. La hallebarde, qui représente la bravoure et la valeur martiale, permet le renforcement musculaire. L'épée, synonyme de témérité et de noblesse, développe l'esprit. Le bâton est symbole de l'équilibre et affermit l'esprit de décision. Le sabre quant à lui représente la détermination et permet de travailler le souffle.Position Din Tan avec une Lance

Le Võ Tu Ve est une technique d'auto défense, fondée sur des méthodes d'esquives sans résistance et l'utilisation de la souplesse contre la force. Son but est de développer toutes les armes naturelles qui sont à notre disposition, comme les poings, les pieds, les coudes, les genoux ou la tête. Elle inclut également la maîtrise des projections, qui visent à déstabiliser l'adversaire en déplaçant son centre de gravité grâce à une torsion ou un basculement. Les clés font également partie de cet ensemble, et permettent de contrôler ou de briser les membres de l'adversaire en tordant les articulations, notamment celle du bras. Les exercices réalisés avec un partenaire ont pour but d'acquérir des réflexes et des automatismes afin de faire face à une éventuelle agression.

Le Võ Nghien Thuât désigne l'aspect artistique du Võ. Autrefois, au Viêt Nam, certains maîtres étaient des marchands ambulants, spécialisés dans la vente de médicaments et de plantes médicinales. Ils étaient également poètes, musiciens et effectuaient des démonstrations de Võ lors des fêtes populaires. Cette tradition nous est parvenue grâce au Võ Nghien Thuât. Elle comprend des acrobaties, des présentations de thaos mais aussi la création de spectacles.Võ Nghien Thuât

Le Tai Cûc Quyên est un ensemble de techniques respiratoires. Selon la cosmologie traditionnelle vietnamienne, le monde est né grâce à un souffle primordial, issu du vide suprême. De ce premier souffle seraient nés deux principes contraires, l'Âm et le Duong. Ces deux énergies opposées, mais inconcevables l'une sans l'autre, sont à l'origine de tous les changements observables dans la nature. L'Âm symbolise ce qui est femelle, sombre, terrestre, régressif, soumis. Le Duong, quant à lui, représente ce qui est mâle, brillant, céleste, agressif, dominateur. Un vide » médian « existe afin que ces deux souffles puissent circuler harmonieusement. Selon le principe fondateur du Tai Cûc Quyên, c'est dans la mesure où l'homme aura assimilé les lois de la circulation du vide qu'il aura des rapports corrects avec le monde. Le but est donc de contrôler la circulation de l'énergie grâce à la maîtrise de la respiration. Ceci permet de relaxer le corps et de coordonner le mental avec le physique en effectuant des exercices simples puis des séries de déplacements.

Le combat permet aux Võ Sinh de mettre en application ce qu'ils ont appris. Cet aspect est développé progressivement, tout d'abord sous forme d'exercices codifiés. Après un certain temps de pratique, les débutants abordent l'étude de combats où les coups sont portés mais contrôlés. Le but n'est pas de détruire son partenaire mais de développer petit à petit une stratégie de combat. Comme l'eau, le Võ Sinh devra s'adapter à chaque partenaire en fonction de sa morphologie, utiliser ses connaissances afin de faire face à des tactiques différentes.